LE CHATEAU D’HEIDELBERG


Lorsqu’un lieu survit, maintenu par le reflet de son passé .

 

Le château embrumé
Le château embrumé

 

Suite aux guerres de la fin du 17e siècle, le château d’Heidelberg, ruiné, a initié l’époque romantique en Allemagne. Ses ruines ont été dessinées, interprétées, glorifiées. Elles sont devenues monument.

Plus d’un million de touristes viennent en pèlerinage tous les ans. L’aura romantique du site se propage grâces aux histoires de la princesse Elisabeth, à la beauté des jardins et la couleur rose qui enveloppe tout l’édifice.

Aujourd’hui, la ruine du château d’Heidelberg est un espace fragmenté et pluridisciplinaire qui occupe l’espace comme le temps l’a permis petit à petit de le faire. Cependant le château en tant que lieu doit-il être pour autant mis sous cloche en replaçant la pierre qui oserait s’échapper ?

Ruine
Ruine

 

Peut-il admettre de nouveaux usages hiérarchisés ? Peut-on oser une intervention plus importante et pensée que l’unique réparation ?

Construit en cinq grandes étapes du 13e au 17e siècle, les ailes principales sont de cinq styles radicalement différent de la renaissance italienne au style français. En quatre siècles, l’intégralité du château a été remodelée, chaque génération offre son interprétation au vu de ses usages. Pourquoi n’est-il pas possible de marquer le passage du château dans notre époque ?

Diversité architecturale
Diversité architecturale

 

Au début du 18e siècle, démoli et abandonné, le château passe petit à petit à la collectivité. La propriété est investie par un microcosme d’artisans, de penseurs et de voyageurs. La réputation universitaire du lieu prend le dessus et de nombreux artistes et auteurs viennent à fréquenter cette ruine et ses pensions.

Le mystère entretenu autour de la ruine du château accueille le Cercle d’Heidelberg qui aspire à la transformation de tout lieu en poésie.  Le romantisme se développe en rupture franche avec le monde de la raison représenté par le classicisme contemporain. La ruine du château d’Heidelberg à l’égal d’une vallée embrumée ou d’une forêt sombre libère l’imagination du poète ou de l’artiste. Envahie par la nature, abandonnée par l’homme, elle fait son chemin au travers des génération.  Aujourd’hui, le visiteur vient encore explorer cette image torturée et merveilleuse.

Pourtant depuis plus de cent ans, de nouvelles fonctions se sont épanouies et installées entre les murs de l’édifice. Par petites touches, la modernité et ses formes simples et géométriques se glissent entre les façades renommées de granit rose. Sans fil conducteur, toutes ces constructions sont camouflées et pensées pour améliorer l’usage mais ne pas altérer la qualité de ruine du site, fond de commerce touristique. Pourquoi se cache-ton et conserve-t-on si précieusement si ce n’est pour laisser aux générations futures la dure épine de la décision ?

Relevé de l’Aile Anglicane – Renaissance

« Pour qu’une chose soit intéressante il suffit de la regarder longtemps. » Gustave Flaubert


Le temps presse cependant, l’implantation incohérente de modules d’usages finit par altérer l’esthétique. L’accumulation menace structurellement la ruine. Le débat stagne.

Rénovation, réhabilitation, restauration ?

Au contraire, cette diversité des interprétations a fait au fil du temps la richesse du lieu. Elle a influencé l’activité intellectuelle et culturelle de plusieurs générations. La force du château est soutenue par le granit rose qui unit l’ensemble depuis les débuts de la construction. Dans l’esprit de son passé et les attentes de son futur, le château d’Heidelberg mérite d’être extrait de son lieu de vie sans pour autant le poser sur une scène. Il est temps de réintégrer cette ruine à notre vie quotidienne, de l’extraire de sa vitrine.

Le nouvel accueil pour le tourisme réalisé en 2011 par l’architecte suisse Max Dudler est le résultat du premier programme d’ampleur lancé depuis un siècle. Ce programme n’intervient pas sur l’édifice, ne pense pas une réactualisation du fonctionnement du château, ne projette pas une nouvelle extension, mais il affirme une envie de hiérarchiser en premier lieu les usages liés au tourisme.  A l’entrée du parc un nouveau bâtiment contemporain de granit rose est apparu qui respecte la veine et le caractère du site et offre une nouvelle perspective au débat.

Max Dudler - Besucherzentrum Schloss Heidelberg
Max Dudler – Besucherzentrum Schloss Heidelberg